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Taïba Grand Dakar : Tours et contours d’un faubourg

Mardi 21/06/2011 | Posté par Mamadou Sane

Mamadou Sane a fait une immersion dans le quartier de Taïba. Il vous propose ici le récit le reportage qui a conclu son parcours.

Une altercation entre deux jeunes et un chauffeur de taxi pour une pièce de monnaie. Quelques curieux sortent spontanément de leurs maisons pour constater l’origine de la clameur qui semble perturber la quiétude nocturne de leur demeure. Sans intervenir, ils regardent tous le déroulement de la scène. Les protagonistes ont failli en venir aux mains, mais une entente est vite trouvée. Les deux passagers, l’un en dreadlocks, style jamaïcain, l’autre costaud et assez autoritaire par le ton, traversent la chaussée et disparaissent dans l’obscurité qui couvre l’étendue de baraques et maisons de fortunes qui caractérisent le quartier de Taïba. Le taximan a eu le temps de proliférer quelques injures à leur endroit avant de reprendre son volant dans un crissement de pneus.

Des histoires comme ça, la localité en recense souvent. Mais c’est tout. De l’avis de Mademba Gaye, 24 ans, aux allures d’un lutteur, le coin n’est pas la zone la plus terrible de Dakar. Mais le décor du quartier semble le contredire. Il offre presque tous les traits d’un endroit peu fréquentable : excepté les rares immeubles modernes qui le dominent, c’est une mosaïque de concessions faites de planches de bois et de matériaux légers qui s’offrent aux yeux du visiteur. La plupart d’entre elles sont sans eau ni électricité. Les étroites ruelles séparant ces contigus habitats dont certaines entrées, peu élevées, obligent le visiteur à se courber pour pénétrer, ressemblent à un vrai puzzle. Certaines femmes, pour s’approvisionner, font la queue à la borne-fontaine. Des garages mécaniques remplis de véhicules de toutes tailles, ne sont pas sans rappeler les fourrières de la police. Ça et là, rouillent des carcasses de vieilles machines où des recycleurs passent fouiner pour récupérer des objets susceptibles d’être reconditionnés et vendus. Le long de la rue qu’empruntent les « car rapides » s’activent divers artisans. Le bruit de leur moteur, combiné aux coups de marteaux dans les ateliers de menuiserie laissent peu de chance au silence. Entre les habitats s’entrelacent quelques boutiques et « tangana », très fréquentés la nuit. La salle de cinéma El Mansour située à un jet de pierre du commissariat, jadis très fréquentée, sert de lieu de travail à certains cireurs de chaussures et cordonniers la journée.

Au bout d’une ruelle à impasse, six jeunes débattent autour d’une théière. Ils débattent sur la prochaine présidentielle et de la mort d’un jeune à Sangalkam. Intimidé au début, A.M, le seul élève du groupe décrie le quotidien des adolescents. Selon lui, rares sont ceux qui ont un travail bien rémunéré. La seule ressource, pour certains est la revente de certains objets ramassés ou le balayage des rues de la commune. En 2008, le quartier a eu à bénéficier du Programme de renforcement de la famille (Prf) destiné à assurer un mieux-être à 40 familles démunies et 254 enfants.  Son ami, B. N, sensiblement plus âgé que lui, s’empresse quant à lui de souligner la précarité dans laquelle vivent les jeunes. « Les métiers qui s’offrent à la plupart des jeunes sont la menuiserie et la mécanique, d’autres sont dans le transport en commun s’ils ne passent pas leur journée dans les marchés».

La vie de Massamba, 31ans et de sa femme, tient dans un 4 m2 en bois. Une chambre remplie à ras bord, dans un désordre remarquable. Sur une petite étagère, des accessoires féminins, des journaux et ustensiles de cuisine côtoient une panoplie de vêtements mal arrangés. Vendeur le jour, il assure la sécurité d’un magasin la nuit. Sa femme, absente des lieux, se consacre à la vente de fruits et amuse-gueules à l’école. Dans ce quartier depuis plusieurs années, il avoue s’y plaire malgré les difficultés de la vie courante. « La pauvreté est partout, mais il faut juste savoir comment arriver à subvenir à ses besoins. Le quartier a une certaine mauvaise réputation mais nous vivons en toute quiétude avec tout le monde ».  La réalité de la zone c’est aussi la foultitude de talibés qui sortent du quartier vers le soir investir les zones A et B et Point E à la recherche de moyens de subsistance.

Mamadou Sane -