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Tuer mène t-il au paradis?

Samedi 30/01/2010 | Posté par Youssouph Bodian

Mercredi dernier, jour de la messe de requiem de Monsieur Lemoine. Alors que notre bus cherchait où stationner dans l’enceinte de la cathédrale, j’ai aperçu un monsieur prosterné sur une natte. Un musulman qui effectuait tranquillement sa prière de «tisbar» (quatorze heures) dans ce haut lieu de culte chrétien.

Le «dieu» et les «anges» musulmans fréquentent-ils ce lieu? Ce monsieur, comme beaucoup de sénégalais, ne s’est pas posé cette question à la limite absurde. C’est connu de tous, au Sénégal chrétiens et musulmans cohabitent dans une parfaite harmonie. Même si souvent des propos maladroits ou «mal interprétés», tentent d’écorcher cette cohabitation séculaire. Mais heureusement que le peuple est au dessus de ces considérations, et le socle de cette cohabitation est inébranlable, car solide comme de l’acier.

Cet exemple du Sénégal doit inspirer nos frères africains du Nigéria. Des violences entre musulmans et chrétiens de Jos, capitale de l'Etat du Plateau, ont éclaté le 17 janvier dernier. Le bilan des affrontements religieux, établi à partir de sources médicales et humanitaires, s'élève à plus de 500 morts, majoritairement musulmans. C’est révoltant de voir des africains de la même patrie se massacrer au nom de la foi. Ces religions venues d’ailleurs sont très souvent incomprises par la plupart des adeptes. En ma connaissance, il n’est écrit nulle part dans la Bible ou dans le Coran, que le paradis s’obtient en tuant son prochain. Ces tueries semblent passer inaperçue. Dans les médias, on préfère commenter l’élimination des lions indomptables du Cameroun ou encore de la débâcle des éléphants ivoiriens. Coupe d’Afrique des Nations de football oblige, me dira-t-on.

La religion semble être un étendard dans ces affrontements communautaires à Jos. Il s’agirait plutôt de disputes pour l’accès à la terre sous une bannière religieuse. Les violences ont en réalité des sources économiques. En effet, Jos et sa périphérie sont composés de natifs (indigènes), dont font partie plusieurs groupes ethniques comme les Birom, les Jarawa et les Anaguta, en majorité chrétiens, et de colons (settlers ou non-indigènes), constitués principalement de Haoussas musulmans. Il existe des tensions entre les deux groupes. Les musulmans sont perçus par certains natifs comme des immigrés, des citoyens de seconde zone.

Ce n’est pas la première fois que cette partie du pays est en proie à des violences intercommunautaires sur fond de clivage religieux. Dans cette région du Plateau, plus de mille personnes avaient déjà péri en septembre 2001; d’autres troubles avaient eu lieu en 2004 et en novembre 2008, sept cent (700) personnes étaient mortes en deux jours. Le Nigéria semble étaler au grand jour son incapacité à faire face à ses propres conflits interreligieux. Il est temps d’agir, de cesser cette politique discriminatoire et de s’atteler à punir tous ceux qui sont responsables de ces violences.

Youssouph Bodian -