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Un esprit libre s’en est allé

Mercredi 04/03/2009 | Posté par Papa Keita

Le Professeur Sémou Pathé Gueye s’est éteint, ce mercredi 4 mars 2009, dans un hôpital parisien. Enseignant en philosophie moderne, intellectuel et homme politique consciencieux, sa disparition laisse un grand vide dans les esprits et dans les coeurs

Un élu de Dieu, disait Jean-Paul Sartre, est un homme que le doigt de Dieu coince contre le mur. Sémou Pathé Gueye fait partie de ces spécimens rares sur lesquels Dieu a investi la lourde tâche d’éclairer les consciences. Malheureusement, sa mission s’arrêta devant le mur infranchissable de la mort, mercredi 4 mars 2009, à l’âge de 61ans, dans un hôpital parisien. Il laisse derrière lui un trésor inépuisable et insondable.

Bonheur d’être réduit à une fiche artistique aussi sommaire que légère mais pas du tout banale. Curieuse ou simple coïncidence, c’est un mois de mars 1948, plus précisément le 1er que Sémou voit le jour à Fatick, dans le Sine-Saloum. Elève brillant et remarquable, il fut primé en 1967, par le concours général, ce qui lui ouvre les portes de l’hexagone, grâce à la coopération française, pour fourbir les armes qui feront de lui un intellectuel achevé. Il s’illustra de très fort belle manière là-bas, surtout lors de sa soutenance de thèse de Doctorat d’Etat ès-lettre à la Sorbonne. Avec à la clé une mention honorable.

De retour au Sénégal, il enseigna la philosophie dans beaucoup de lycée, avant de retourner en France pour affiner son savoir. Ce qui lui a permis d’accrocher d’autres cordes à son arc : Un Doctorat d’Etat à l’université de Paris 1-Sorbonne et des études en journalisme politique. Une ouverture vers les portes du Cesti (Centre d’Etudes des Sciences et Techniques de l’information) comme professeur de communication politique, mais aussi vers l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, où il avait en charge le cours de théorie politique. Si l’on avait à résumer le nœud de ce personnage, ce serait sous forme de ce grand écart. D’une part professeur et intellectuel de renom, d’autre part homme politique responsable et raisonnable. Deux figures confondues en un seul personnage.

On le savait d’un grand calme dans les amphithéâtres et dans les couloirs du département de philosophie, répondant aux questions des étudiants avec clarté et concision. Sans langue de bois. Ses enseignements étaient abreuvés goulûment. Il fut même confondu avec des étudiants qui l’interpellaient jusqu’à sa voiture pour éclaircir un point de doctrine d’un grand penseur. Pendant des heures et sans consulter un seul document ni buter sur un concept philosophique, il vous parlait de Kant et de Hengel, passant par Marx et Engels comme s’ils étaient ses contemporains. Avec, s’il vous plait, une précision de découpe laser. Maître de lui-même quand il était en désaccord avec un interlocuteur.

Il a couru de conférence en conférence internationale. Inlassable organisateur de séminaire philosophique, au point d’apparaître aux yeux de beaucoup, comme un Socrate de son vivant avec ses banquets athéniens auxquels il conviait ses contradicteurs. Accommodant sans être dramatisant sur la manière dont on gère les affaires publiques, consciencieux tout en restant délicieux avec ses adversaires, Sémou n’en est pas moins un homme politique au sens le plus noble du terme. Il a été un des acteurs clé et un témoin privilégié de l’alternance politique sénégalaise, le 19 mars 2000. Un vécu militant au Parti de l’Indépendance et du Travail. Allergique au pouvoir et à l’argent pour mieux garder sa liberté de ton et de critique.

Profondément anti "bling-bling", conforme à ses idéaux et à ses principes, empêcheur de tourner en rond. Il s’en est allé, emportant avec lui, une mine de secrets.

Papa Keita -