RUBRIQUE :
Un gênant contributeur
Mardi 20/10/2009 | Posté par Papa Keita
A 64 ans, Mody Niang connu par ses contributions acerbes à l’endroit du régime libéral, n’entend pas de sitôt baisser pavillon malgré les intimidations. Portrait d’un homme captivant et saisissant.
Moustache harmonieusement rasée. Crâne à ras poivre sel. Le port sobre, un boubou traditionnel jaune moutarde. Mody Niang, de courte taille, des yeux cerclés par des lunettes d’intello, connu pour être le plus ‘’célèbre contributeur’’ dans les journaux de la place, est apparu souriant et détendu, en cette matinée du jeudi 08 août, où il fait un temps relativement clément.
Né en 1945 dans le village de Coki, département de Louga où il a passé l’intégralité de son enfance, d’un père cultivateur, qu’il qualifie de « visionnaire », pour avoir très tôt mis ses enfants à l’école française contre la volonté des membres de sa communauté.
« La décision prise par mon père d’envoyer ses enfants à l’école française à suscité la polémique au sein du village. Mais par la suite, les autres ont fini par l’imiter », confesse-t-il. Et d’une mère ménagère particulièrement « brave et courageuse », selon ses termes. Enfant ? Il révèle avoir vécu une enfance heureuse, pas du genre gâté, malgré les modestes revenus de ses parents. Pas aussi du genre turbulent. « J’étais plus ou moins agité », remarque Mody Niang, le regard plongé dans ses souvenirs lointains dans son village de Coki qui l’a tant marqué.
Raison pour laquelle, il porte toujours les stigmates de son terroir natal. « Je suis un paysan très attaché à mon terroir. D’ailleurs, je dois m’y rendre prochainement pour les besoins de la rencontre annuelle des ressortissants du village », signale-t-il fiévreusement d’entrée de jeu. Ironie du sort : il n’a pas eu la chance de fréquenter l’illustre école coranique de Coki, fondé en 1939, par Ahmadou Sakhir Lo, connu pour son enseignement rigoureux. Son père a préfère l’envoyer apprendre le Coran chez un de ses amis.
Il n’en fait pas d’ailleurs un problème. Selon lui, « le Coran, c’est le Coran ». Autrement dit, l’enseignement dispensé dans cet institut est le même partout. « Ce que je regrette par contre, c’est de n’avoir pas pu pousser très loin mon apprentissage du Coran », indique-t-il.
Mais pour comprendre le tempérament de cet homme de 64 ans, rangé dans la rubrique des ‘’mal pensants’’ et qui a eu comme professeur à Blanchot, un certain Ahmadou Makhtar Mbow, il faut nécessairement fouiller dans son cursus scolaire et professionnel.
Après le Certificat d’études primaires élémentaires (Cepe) et l’entrée en sixième en poche en 1957, cap sur la région Nord du pays, où il intègre le Collège moderne Blanchot, en qualité d’interne. Quatre ans plus tard, il ajoute une autre corde à son arc : c'est-à-dire le brevet censé lui ouvrir les portes du lycée. La période de grâce pour les élèves vivants en internat s’estompe. Il trouve un point de chute chez son frère ainé, instituteur de son état à Saint- Louis. Ce dernier pèsera fortement sur la vie et le destin du jeune Mody. Alors qu’il était à deux doigts de passer l’examen du Bac, son frère est muté à Thiès. Nous sommes en 1963. Mody est contraint de le suivre et du coup de faire un break sur ses études. « La vie était très difficile à Saint-Louis. Du coup, j’ai rejoint mon frère à Thiès », remarque-t-il, contre l’avis de ses parents.
Aujourd’hui, si on lui demande : est-ce qu’il regrette de ne pas avoir ce prestigieux diplôme ? Sa réponse tombe comme une sentence : « le Bac n’aurait rien ajouté à mon cursus. En un moment donné de ma carrière, je n’en avais plus vraiment besoin», justifie-t-il, avec un léger sourire.
A Thiès, le goût de l’enseignement commence à germer dans sa tête. Ce rêve à l’état embryonnaire trouve sa matérialisation dans l’intégration du Centre de formation pédagogique permanent (CFPP) de la ville. Après une année de formation, il est affecté à Ndiaganiao dans le département de Mbour ,en qualité d’instituteur adjoint. « J’ai fait trois bonnes années là-bas avec des élèves admirables », se rappelle-t-il, tout fier de lui.
Comme l’appétit vient en mangeant, l’enfant de Coki s’emploie à garnir son CV de diplômes aussi valeureux les uns que les autres. En 1964, il est diplômé du Certificat élémentaire d’aptitude pédagogique (CEAP) pour être titularisé dans le corps des instituteurs adjoints. En 1968, il décroche le Brevet supérieur de capacité (BSC) et passe avec succès, l’année suivante, les épreuves pratiques et orales du Certificat d’aptitude pédagogique (CAP). Il est alors titularisé dans le corps des instituteurs. En octobre 1969, il est admis au concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure (ENS) de Dakar, pour la formation des professeurs de collège. Il y eut notamment comme professeur de lettres un certain Madior Diouf, futur leader du Rassemblement national démocratique.
« C’est à l’Ecole normale que j’ai appris les bonnes habitudes, surtout le goût de la recherche et de l’enseignement », note-t-il. A sa sortie, il sert tour à tour dans les collèges de Foudiougne, de Bargny , de Ouagou Niayes I puis de Colobane. Parallèlement, il s’inscrit à l’Université de Dakar et décroche en 1979 la licence et le certificat de Maîtrise en Géographie humaine et régionale appliquée. En octobre de la même année, il réussit le concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure (ENS), pour la formation des inspecteurs de l’Enseignement élémentaire. Tout se passe bien : il en sort deux ans après avec son diplôme d’inspecteur. Et coup du sort, on le mute à Saint-Louis, là, où il a abandonné ses études. Mais pas pour longtemps.
Il retourne sur Dakar et est nommé Inspecteur départemental de l’Enseignement élémentaire de Pikine en janvier 1984, après un passage à la Direction de l’Enseignement élémentaire du Ministère de l’Education nationale. Le début de la cohabitation avec quelques enseignants est difficile, en raison de la réputation d’inspecteur « rouge » qui l’y avait précédé. «Pourtant, je n’étais pas du tout Communiste », se défend-il. Son penchant pour la Gauche et surtout sa méthode consistant à « travailler et à faire travailler les autres », finiront par l’emporter en 1989.
Mody accuse le coup et quitte son poste. En réalité, cette mutation, enrobée dans une promotion, il l’a vécue comme une « affectation sanction », suite à son bras de fer (politisé) avec un Principal de collège membre du Parti socialiste (PS). « Néanmoins, je pense avoir fait un bon travail, si on considère ce que j’ai apporté à Pikine et le vin d’honneur qui m’a été offert à mon départ », dédramatise-t-il. Il atterrit à la Commission nationale sénégalaise pour l’UNESCO et ne s’entend pas avec le Secrétaire général de ladite commission. « Je n’appréciais pas ses méthodes de travail, même si le poste était prestigieux », argumente le célèbre contributeur.
Il trouve un point de chute pour un temps à la Direction de la Recherche et de la Planification du Ministère de l’Education nationale, puis est affecté au Projet « Education à la Vie familiale et en Matière de Population (Evf / Emp) » jusqu’à sa retraite en 2000. Il a alors le temps de se donner entièrement à sa passion préférée : l’écriture. L’écrivain caillasse le régime, le tournant en bourrique avec une certaine ivresse. « Je ne m’acharne pas sur Wade, car j’ai contribué modestement à son élection », précise-t-il, l’air tendu. « Il est difficile de rester indifférent devant sa nauséabonde gouvernance », ajoute-t-il.
Il a à son compte six livres et plus d’une centaine de contributions. « C’est grâce à Sud Quotidien que je suis connu comme contributeur. J’ai très tôt aimé la lecture et l’écriture», informe-t-il. La première contribution qu’il a faite en 1975, c’était pour rendre hommage à son Professeur Madior Diouf, mais l’article a fini au frigo.
Sa farouche opposition au régime libéral a failli même lui coûter la prison, suite à une plainte de l’entrepreneur Cheikh Amar à la veille de la Korité. Il jure n’avoir jamais flanché devant les policiers et n’en trouvait pas la raison. «Je ne me suis jamais senti aussi bien à l’aise que devant la Dic», lâche-t-il, l’index pointé en direction du ciel.
La politique ? Il avoue l’avoir tâtée au sein du Rassemblement national démocratique (RND) jusqu’à la mort du leader historique, le célébrissime Cheikh Anta Diop de 1976 à 1986. Ensuite à la CDP/ Garab gi du professeur Iba Der Thiam pour quatre ou cinq mois en 1993, mais la greffe n’a pas pris. On le dit proche des Progressistes, mais il affirme n’appartenir à aucun parti politique. Selon lui, sa liberté de ton est incompatible avec les logiques de Parti. « Je ne suis pas à l’aise dans une camisole de politicien», réplique-t-il. Il clame cependant haut et fort son amitié avec Moustapha Niasse.
Marié à l’âge de 23 ans et père de plusieurs enfants dont il dit être fier, Mody n’est pas du genre père fouettard ni père Noel. « Je ne suis pas jaloux, mais je ne supporte pas n’importe quoi et n’importe qui dans ma maison», indique-t-il. Ses héros sont : Cheikh Anta Diop, Mamadou Dia, Amadou Mahtar Mbow et Nelson Mandela. Des icônes de l’intégrité morale et politique. D’ailleurs, les portraits du premier et du dernier trônent dans son modeste salon. Mody aime la musique et écoute notamment Youssou Ndour, Ismaila Lô et le défunt Ndiaga Mbaye. Parlant de ses projets, il promet que Me Wade ne sera pas son prochain sujet. « J’ai pratiquement tout dit sur lui », a-t-il conclu. Il pense plutôt à un Roman.
Commenter l'article


Par Anonyme