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Un vieux coup de poing «fatal» (suite)

Lundi 11/01/2010 | Posté par Youssouph Bodian

Le car sort de la gare routière de Colobane pour emprunter à nouveau l’autoroute. Le chauffeur continue à rouler vite. Un calme précaire règne alors dans le véhicule, jusqu’au moment où l’apprenti chauffeur décide d’apporter son point de vue.

«Vous avez de la chance de tomber sur un chauffeur poltron. A sa place, j’aurai arrêté la voiture pour en découdre avec celui qui a osé me frapper» lance le jeune homme, bien agrippé à l’échelle du marchepied. «Quand on vous laisse faire, vous pensez que vous avez tous les droits» ajoute t-il sur un ton plein d’arrogance. Ses propos suscitent encore dans le car des réactions aussi diverses qu’amères, «vous êtes mal éduqué» riposte une dame qui jusque là ne s’est pas mêlée à la polémique. Toutefois, cette réaction a quand même eu le mérite de relancer un autre débat dans le car. Etait-t-il nécessaire de frapper quelqu’un qui conduit, quelque soit son tort? Sur ce point, les opinions sont partagées. Certains qui jusque là ont approuvé l’attitude du vieux cogneur, semblent revenir à la raison pour mesurer l’ampleur de ce coup, qui non seulement pouvait être «fatal» pour ce jeune conducteur, mais aussi pour les passagers et les riverains du marché.

Revigoré par les quelques avis de passagers qui lui sont favorable, l’apprenti poursuit «il n’est pas de nos coutumes de voir un vieux lever la main sur un jeune. C’est vraiment honteux» peste le jeune homme. La réplique du vieux, tremblant encore d’irritation, ne se fait pas attendre : «en tout cas, je ne regrette pas de l’avoir corrigé, ça lui apprendra à bien parler à ses aînés» riposte le monsieur. Le chauffeur reste muet, mais le jeune apprenti revient à la rescousse pour défendre son patron. «Vous n’êtes pas plus responsable que lui (le chauffeur). Il est bien conscient qu’il a une famille et des enfants qui ont encore besoin de lui» ajoute le jeune homme tout en pliant les manches de son blouson tacheté, comme pour défier quiconque désirait l’attaquer.

Terminus, tout le monde descend! Je peux enfin pousser un grand ouf de soulagement, après avoir frôlé la mort. Malgré tout, en rentrant je suis remonté à bord d’un autre «Ndiaga  Ndiaye». Après tout, on n’a pas trop le choix dans une ville où les bus arrivent à l’arrêt toujours en retard et bondés de monde. Et puis New York, Paris, Londres… ont leurs métros et tramways, Dakar a ses «Ndiaga Ndiaye» et «cars rapides». C’est notre fierté !

                                                                                                                            

Youssouph Bodian -