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Une existence sucrée au toxique

Mardi 10/03/2009 | Posté par Hady Cisse

La Compagnie Sucrière Sénégalaise fournit beaucoup d’emplois aux habitants de Richard-Toll. La ville connaît un développement. En dépit de ces aspects positifs induits, les populations ressentent l’impact environnemental. Hady Cissé raconte

Le voyageur qui débarque à Richard-Toll (environ 370 km au nord de Dakar) est frappé par les étendues de terres irriguées en bordure de fleuve : des plantations de cannes à sucre. La  ville est le fief de la Compagnie Sucrière Sénégalaise (CSS), la seule usine de transformation de la canne à sucre du pays. Les populations de la ville et de ses environs souffrent de cette cohabitation.

« J’espère que vous allez supporter les cendres de Mimran [Ndlr : le propriétaire de l’usine] », lance le chauffeur qui nous amène dans le "grenier de sucre" du Sénégal. Ajustant ses  mains sur le volant de sa voiture, notre conducteur en dépassant la CSS, continue : « On souffre beaucoup à cause de la pollution de cette entreprise ». A la descente, au niveau de la gare routière, c’est les mêmes incriminations qui fusent. « Si vous êtes là jusqu’au soir vous allez voir ce qu’on vous dit », indique Ndiack Sall, un enseignant de la ville. Sa phrase à peine terminée, des débris de paille brûlée volent dans l’atmosphère. « Cette situation est récurrente à Richard-Toll. A chaque période de récolte on doit faire avec », renseigne M. Sall.

Assis dans les locaux de la Direction des végétaux, Malick Sy, conseiller municipal et ancien travailleur à la Compagnie Sucrière Sénégalaise, trouve une explication à cet état de fait. « La CSS est une industrie qui produit plus de 150 000 tonnes de sucre. Qui dit production dit bonne rendement, et pour l’avoir, il faut brûler la canne vingt heures avant de la couper », dit-il. Selon M. Sy, l’un des premiers travailleurs de l’usine du franco-sénégalais Jean Claude Mimran : « La CSS n’a pas encore trouvé une solution pour contrôler les résidus qui s’évaporent dans la nature ». Du mois de novembre au mois de juin, la période de récolte, les habitants doivent faire avec cette forte pollution.

La fumée et les cendres empêchent même les populations de Richard-Toll de faire le linge à une certaine heure. De l’eau jusqu’aux mollets, Khady Niang manipule difficilement ses habits dans le canal d’eau jouxtant l’usine de sucre. « Je suis obligée de venir tôt faire le linge sinon quand ils commencent à brûler la canne, il m’est difficile de sécher mes habits », explique la dame. Comme elle, une dizaine de femmes ont pris d’assaut le cours d’eau pour profiter des premiers rayons du soleil avant que n’arrivent les cendres. Face à cette pollution atmosphérique, la solution trouvée par les riverains est simple : fermer les fenêtres et faire le linge le matin.

La poussière qui provient du sable soulevé par les engins lourds de la CSS trouble aussi la quiétude des Richard-tollois et des villageois des alentours. « En plus des cendres, nous faisons face à une autre pollution : la poussière. Nos yeux sont injectés de sable chaque jour. Nous en avons marre ! », fulmine un habitant de Ross Béthio, une localité se trouvant à une trentaine de kilomètres de Richard-Toll. Pour lui, la situation pourrait empirer avec le démarrage de l’usine d’éthanol. « La fermentation de la canne à sucre pour l’éthanol va t’elle augmenter la pollution ? L’Etat doit faire quelque chose pour notre protection sur le plan environnemental », demande le paysan.

A suivre

Hady Cisse -