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Vie brisée

Vendredi 12/02/2010 | Posté par Papa Keita

A 55ans, Vincent Zadi est convaincu de ne pas être un utopiste : son pays, la Côte d’Ivoire qu’il a fui en 2007 sortira de l’ornière avec les prochaines élections. Pour l’heure, il continue de vendre ses journaux, en attendant que les nuages se dissipent pour rentrer.

Moustache harmonieusement rasée. Les yeux cerclés par des lunettes d’intello. Vincent Zadi, de petite taille, la main gauche lestée des différents quotidiens dakarois, parait pourtant beaucoup plus jeune que les 55ans qu’il déclare avoir.

D’un abord facile, il signale d’emblée à notre endroit à voix basse, qu’il ne comprend pas wolof. Et la raison ? Le bonhomme est un ivoirien. ‘
"Je ne comprends pas wolof, je suis Ivoirien"
, lance-t-il fièrement comme pour mettre un terme à la discussion entamée. Et pourtant, Zadi est au Sénégal depuis 2007. Depuis lors, il peine à affiner son wolof. "Cela a été difficile au début, mais je commence à m’y faire".

 

Contraint de fuir son pays, piégé par une guerre civile aux lendemains incertains, où chaque jour la vie sur terre est un sursis, la vie de Zadi bascule tragiquement. Ainsi, il opte pour l’émigration afin de sauver sa peau. Laissant derrière lui toute une famille. Deux filles et un garçon. "Mes enfants me manquent énormément. J’attends que les choses se pacifient pour rentrer", dit-t-il d’un calme presque socratique.

Différentes destinations s’offrent à ses yeux : le Burkina Faso et le Mali plus proches de chez lui et le Sénégal un peu éloigné. Il finit par tomber sous le charme du Séngal. Sans pourtant jauger le poids de son choix en terre sénégalaise. "J’avoue qu’avec le recul, je ne suis pas trop déçu".

Né à Daloa (Centre-Ouest) en 1955 dans une famille modeste et élargie, d’un père infirmier  "très rigoureux" et d’une mère ménagère, Vincent Zadi avait tout pour être heureux. "Mon père s’employait à nous choyer à la limite de ses moyens".

Vient ensuite l’âge mûr. Zadi quitte Daloa pour Abisso afin de poursuivre ses études, ponctuées d’un Certificat d’études élémentaire et du Bfem. Le Bac par contre, lui échappe. "Je l’ai passé une seule fois, je l’ai raté et j’ai jeté l’éponge", confesse-t-il. L’envie de faire fortune est passée par là.

Il roule sa bosse un peu partout dans Abidjan à la recherche de petits boulots, se met au service du plus offrant et mène une vie de bohémien. Mais le destin finit par le happer. Lui, qui avait quitté les études va les regagner. "J’ai tenté le concours d’entrée à l’école de Santé et j’ai réussi".

 Mais tout bascule de nouveau. Après trois ans de formation, il intègre une clinique abidjanaise comme panseur. Et c’est le début d’une vie remplie d’allégresse. Avant que les événements malheureux ne viennent tout chambouler.

Aujourd’hui, c’est un regard alimenté par un optimisme nationaliste, qu’il jette  sur son pays. "J’espère qu’avec les élections, nous sortirons de l’impasse", analyse-t-il.

Si on cherche à savoir pour qui son cœur balance entre les candidats donnés favoris : Gbagbo, Bédié et Ouattara, il se braque et signale que : "le vote est anonyme". Roué, il finit par lâcher : "Je voterai pour le candidat de la paix. Ceux que vous avez cités ont fait leur temps. La Côte d’Ivoire a besoin d’hommes neuf".

Papa Keita -