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Voyage à bord du navire Aline Sitoë Diatta
Lundi 30/06/2008 | Posté par Hady Cisse
13 heures de navigation en mer pour atteindre Dakar. C’est la durée du voyage entre Ziguinchor et la capitale sénégalaise. A quatre mois du sixième anniversaire du tragique naufrage du ferry "Le Joola", Hady a fait le voyage à bord du nouveau navire Aline Sitoë Diatta, du nom de la figure casamançaise qui résista à l’occupation française. Récit
Ziguinchor, la capitale de la région sud du Sénégal s’est réveillée sous un ciel nuageux, ce 26 juin. La saison des pluies s’est installée depuis quelques semaines dans cette partie septentrionale du pays. Une forte chaleur s’abat sur la ville malgré l’absence de soleil. Le centre ville est presque vide, les rares individus qui circulent sont pressés de regagner le port. Situé, au nord de la ville, cette bâtisse est construite à côté de la raffinerie d’arachides. Pour celui qui le connaissait, le port a connu une cure de jouvence. Il a été réfectionné complètement, par l’Etat du Sénégal, à la suite du naufrage du bateau "Le Joola", le 26 septembre 2002. Sa devanture imposante ressemble à tous les édifices importants. Une plaque rappelle au passant, le plus inattentif, qu’une célèbre entreprise de bâtiment française est maître d’œuvre de cette mise à neuf.
L’entrée au port se fait sans difficulté. Les temps ont changé. Finie l’époque des bousculades. Le marché aux fruits a été déplacé, les véhicules accèdent facilement au pavillon d’embarquement. De loin, on sent une odeur fruitée. C’est la période de la récolte des mangues, des bananes et de l’huile de palme en Casamance. Le sud est le principal fournisseur de fruits du pays. Les voyageurs en partance pour Dakar et le reste du territoire s’approvisionnent et en ramènent en cadeaux. Cela n’est plus une tâche facile car il faut désormais passer par le bureau de pesages des bagages du Consortium Sénégalais d’Activités Maritimes (COSAMA). Cette société gère le bateau qui fait la navette Dakar-Ziguinchor-Dakar, deux fois par semaine. Une longue file d’attente s’étend devant les portes du service d’enregistrement. Assis, en face d’un ordinateur, la main sur la souris, Badio est chargé de vérifier les excédents de bagages. Seul 20 kilos de bagages, par passager, sont autorisés, le surplus étant facturé à 250 FCfa (0,38 euros) par Kg.
Le nouveau ferry a remplacé le défunt "Joola", qui a fait naufrage en faisant officiellement 1863 morts s’arrogeant du coup le triste record de la plus grosse catastrophe maritime de l’histoire devant le "Titanic". Le "Willis", un autre bateau a assuré la desserte pendant une courte période.
15 heures, trois sirènes d’"Aline Sitoë Diatta" annoncent aux habitants de Ziguinchor que le départ est donné pour un voyage de 12h. Du pont du bateau, on aperçoit les toits des maisons du centre-ville, qui témoignent de la colonisation de cette partie du pays par les Portugais avant la France. Les passages de l’arrivée d’Oumar Faye et de sa femme Isabelle dans le livre « ô mon pays, mon beau peuple », d’Ousmane Sembene, nous viennent en tête. Le fleuve Casamance est calme et entouré par une mangrove verdoyante de part et d’autres. La magie du numérique faisant, quelques voyageurs immortalisent cette beauté naturelle. La chaleur accablante ne décourage point les pêcheurs hommes et femmes. La pêche est ici une activité qui respecte l’approche genre. A l’intérieur des pirogues artisanales, ils pagaient à la recherche de poissons et de fruits de mer. Les albatros, princes des nuées, comme le décrit le poète Charles Baudelaire, se signalent en suivant le navire.
Entre le port et l’embouchure, le ferry met trois heures. Pas d’arrêt à l’île de Carabane : « Le Fleuve Casamance n’est pas profond, le Commandant est obligé de suivre une voie balisée. En période de marée basse, on aperçoit le sable », explique un adjudant de la marine sénégalaise qui officie dans cette zone. Trois requins perturbent le voyage. Leur apparition avec des sauts répétés attirent la curiosité des passagers. Les vagues de la mer viennent signaler que nous venons de sortir du fleuve, que nous sommes maintenant en plein dans l’Océan Atlantique. Le bateau tangue de gauche à droite. Les sachets que les responsables du COSAMA avaient placés en cas de mal de mer, sont très vite épuisés. La tombée de la nuit passe inaperçue. Les inconditionnels du ballon rond qui voulaient regarder la deuxième demi-finale de l’Euro 2008, Espagne-Russie sont sevrés de télévision. Le signal télé est absent, les voyageurs rejoignent leurs places, cabines etc.
Après 11 heures de mer, les premières lumières de la capitale sénégalaise sont aperçues. Mais, il faudra patienter jusqu’au lever du jour pour entrer dans le port de Dakar. Gorée, l’île mythique est presque noire, nous passons à proximité. Quarante-cinq minutes de manœuvres ont permis à l’équipage d’arrêter "Aline Sitoë Diatta". Les passagers peuvent maintenant débarquer et retrouver la terre ferme. Le navire se vide de ses occupants en attendant le voyage du soir.
Hady cissé
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Par Anonyme